01À propos de ce film.
"Rape is being used as a weapon of war. It is systematic. It is planned." United Nations report, 2024.
« Violences faites aux femmes » s'articule autour d'une seule phrase tirée d'un rapport de l'ONU et de quatre femmes dont vous entendrez les noms : Enat, vingt et un ans, du Sud-Gondar ; Tigist, dix-huit ans, du Gojjam occidental ; Kalkidan Addisu, quatorze ans, de Gishabay (Gojjam occidental) ; et Heaven Awot, sept ans, de Bahir Dar. Leurs identités sont publiques — par l'enquête de la BBC de novembre 2024, par la documentation de l'Amhara Association of America, par le choix de leurs propres familles de parler. Elles représentent les milliers d'autres dont les noms n'ont pas été enregistrés.
Le film s'appuie sur un corpus de preuves unique, assemblé entre plusieurs institutions. L'étude conjointe de Physicians for Human Rights et d'OJAH a analysé 515 dossiers médicaux et interrogé 657 soignants. Le rapport 2024 d'Amnesty International sur l'Éthiopie comprend soixante-trois entretiens de survivantes. Human Rights Watch a publié un rapport régional en juin 2024. La Commission éthiopienne des droits humains (EHRC) a documenté plus de deux cents cas depuis juillet 2021. Les chiffres cités par le film sont les plus bas vérifiés parmi ces sources.
02La structure de la violence.
Les violences sexuelles dans le conflit de l'Amhara ne sont pas le fait de combattants isolés. Elles sont, comme l'a conclu l'ONU, systématiques. L'étude de Physicians for Human Rights a décrit des schémas observables à travers les géographies et les appartenances des auteurs : le viol utilisé pour punir des affiliations supposées, pour déplacer des populations, pour terroriser des communautés et les contraindre à la soumission. Dans certains cas, des survivantes ont rapporté avoir été forcées d'assister au meurtre de leur mari ou de leur père avant d'être violées. Dans d'autres, les violences ont été commises en présence d'enfants.
Le film traite ces schémas avec sobriété et sans imagerie explicite. Il recourt à une voix de synthèse pour lire les témoignages des survivantes plutôt qu'à des reconstitutions dramatisées, conformément au principe éditorial du consortium : protéger celles qui ne peuvent pas consentir, et laisser parler le dossier institutionnel.
03Ce que signifie le silence.
L'accumulation des rapports institutionnels n'a pas produit de reddition de comptes. Le Département d'État américain a rendu une « Détermination » de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité en mars 2023. Le HCDH a publié des déclarations tout au long de 2021-2024. Le gouvernement éthiopien a, dans de nombreux cas, nié les constats précis. La couverture de la presse internationale a été limitée par la coupure régionale des télécommunications. L'argument central du rapport de PHR — que le silence permet davantage de violences — est l'argument éditorial du film.
Le film se termine par trois actions : exiger une enquête indépendante de l'ONU ; soutenir les organisations de défense des droits humains et d'aide qui travaillent avec les survivantes ; partager, avec le mot-clic #BreakTheSilenceAmhara. Le mot-clic est un outil de coordination, non un substitut à la pression institutionnelle. Chacune de ces trois actions est, selon nous, nécessaire et insuffisante à elle seule.
04Une note sur l'identification et la dignité.
Là où le nom d'une survivante apparaît dans le film, soit il est déjà public par une source institutionnelle (BBC, documentation de l'AAA, un dossier de cas de l'EHRC), soit il est utilisé avec le consentement explicite des membres de la famille. Aucune image d'une survivante n'est montrée sans son consentement documenté, ou celui de sa famille lorsqu'il s'agit d'une enfant. Aucun détail médical n'est inclus qui n'ait été publié par la source institutionnelle sous-jacente.
Le consortium est tenu par le principe « Do No Harm » de la Documentary Filmmakers' Statement of Best Practices et par les recommandations du Dart Center for Journalism & Trauma. Lorsqu'une tension entre l'authenticité visuelle et la sécurité des survivantes est apparue pendant la production, la sécurité a toujours été choisie. C'est aussi un choix méthodologique : un film qui ne protège pas celles qu'il représente n'est pas, selon nous, un film légitime.